Le PPDA — Passes Per Defensive Action — est l’un des indicateurs les plus utilisés pour mesurer l’intensité du pressing d’une équipe. Mais derrière ce chiffre simple se cache une lecture bien plus subtile que ce que la plupart des analyses en font. Ce que la donnée dit réellement, et surtout ce qu’elle ne dit pas.
Ce que mesure le PPDA
Le PPDA se calcule de la façon suivante :
PPDA = Passes adverses autorisées / Actions défensives dans la moitié de terrain adverse
Les actions défensives comptabilisées incluent les tacles, les interceptions et les fautes commises dans la moitié de terrain adverse. Plus le PPDA est bas, plus l’équipe presse haut et vite — elle laisse peu de passes à l’adversaire avant d’agir défensivement.
Pour donner des repères concrets : en Ligue 1, un PPDA autour de 8-10 indique un pressing structuré et soutenu. Au-dessus de 14-15, l’équipe défend essentiellement dans son propre camp. Le PSG saison 2022-2023 affichait un PPDA moyen de 7,4. Une équipe comme Brest sur la même période avoisinait les 11-12 selon les séquences analysées.
Ce que le PPDA ne dit pas — et c’est là que tout se joue
Le PPDA est un indicateur d’équipe. Il mesure le comportement collectif, pas la contribution individuelle. Un milieu central peut exécuter 12 courses de pressing sur un match sans qu’aucune n’aboutisse à une action défensive comptabilisée — et donc sans trace dans le PPDA de son équipe.
Deuxième limite : le PPDA ne distingue pas la qualité du pressing de sa fréquence. Une équipe peut générer un PPDA bas en pressant beaucoup mais mal — avec des courses non coordonnées, des espaces laissés dans le dos, des porteurs de balle libérés trop facilement. À l’inverse, un pressing rare mais déclenché au bon moment peut générer des récupérations dans de meilleures positions que dix actions à perte.
Troisième biais : le score et le contexte de match influencent directement le PPDA. Une équipe qui mène de deux buts en deuxième mi-temps va reculer son bloc — son PPDA va mécaniquement monter sans que son identité de jeu ait changé. Analyser le PPDA global d’un match sans isoler les séquences par score est une erreur courante.
Comment on l’utilise concrètement dans l’analyse individuelle
Chez neuroTactic, le PPDA d’équipe sert de contexte, pas de verdict. Ce qu’on cherche à isoler pour un joueur, c’est sa contribution personnelle au pressing collectif :
- Taux de déclenchement du pressing : combien de fois le joueur initie une course de pression sur le porteur adverse ?
- Taux de transformation : parmi ces courses, combien débouchent sur une action défensive réelle (tacle, interception, faute) ?
- Qualité de positionnement après pressing non réussi : est-ce que le joueur récupère une position défensive correcte après une course qui n’aboutit pas ?
Ces trois données croisées avec la vidéo donnent une image précise du rôle du joueur dans le pressing — indépendamment du chiffre global affiché par son équipe.
Un exemple concret sur séquence analysée
Sur une séquence issue d’un match de Ligue 2, un milieu relayeur affiche 0 interception et 0 tacle sur les 25 premières minutes. À la lecture du PPDA, il semble absent du pressing. Pourtant, l’analyse vidéo révèle 9 courses de pressing déclenchées sur ce laps de temps — dont 7 qui ont forcé l’adversaire à reculer ou à jouer en retrait. Le ballon n’a pas été récupéré par lui, mais par le pressing qu’il a provoqué. Sans la vidéo, ce travail ne laisse aucune trace dans les données.
C’est précisément ce genre de contribution invisible que les données seules ne capturent pas, et que l’analyse vidéo individuelle permet de valoriser — notamment dans les discussions avec un staff ou lors d’un transfert.
Ce qu’il faut retenir
- Le PPDA mesure l’intensité du pressing collectif, pas la performance individuelle dans ce pressing.
- Un PPDA bas ne signifie pas que le pressing est efficace — seulement qu’il est fréquent dans la moitié adverse.
- Le contexte (score, minute, système adverse) est indispensable pour interpréter correctement la donnée.
- L’analyse individuelle du pressing nécessite un croisement vidéo/data — la donnée seule laisse passer l’essentiel.